Mise en place de micro crédits à Kankalabé.
Par AKGN le vendredi, février 12 2010, 10:52 - Réalisations - Lien permanent
Les micro crédits ont été mis en place à Kankalabé en octobre 2008 et une mission réalisée par Franck Brancaleoni a eu lieu en mai 2009 pour faire le point sur la situation, les attentes et les besoins des populations et les possibilités d'actions dans le domaine économique d'abord mais aussi dans les domaines habituels d'action de l'akgn: la santé publique et l'enseignement.
MISSION A KANKALABE 20-27 MAI 2009 Cette mission a permis de faire le point sur la situation actuelle, les attentes et les besoins des populations et les possibilités d’actions dans les domaines :
- Economique, un micro crédit ayant été mis en place par l’AKGN depuis le mois d’octobre 2008 : c’était le but premier du voyage. - De la santé publique, domaine d’intervention historique de l’association - De l’enseignement
Bilan économique Le présent rapport n’a aucune prétention scientifique. Il se présente comme une photo de la situation économique dans une petite localité rurale KANKALABE, située dans le FOUTA DJALLON à 400 Kms de CONAKRY. Cette localité est une sous préfecture de 22.000 habitants répartis dans 8 districts éloignés de plusieurs kilomètres entre eux. La vie de tous les jours est difficile. Le pouvoir d’achat est très faible, il n’y a pas de réseau d’eau ni d’électricité à l’exception de quelques groupes électrogènes et de panneaux solaires encore très rares mais qui commencent à apparaître sur le toit de quelques maisons. Les voies d’accès à KANKALABE et entre les districts sont des pistes souvent défoncées et très difficilement praticables. La préfecture LABE distante de 50 kms ne peut être atteinte en moins de deux heures de voiture. DALABA autre préfecture dont dépend administrativement KANKALABE qui est à moins de 80 kms est à 3 heures de route. Le niveau de vie des habitants est des plus faibles et la situation s’aggrave avec l’augmentation constante du coût de la vie (inflation annuelle de l’ordre de 20 à 30%). Ainsi pour donner une idée du coût de la vie, le sac de riz asiatique (nourriture de base) de 50 kg est vendu sur les marchés de Conakry à 210 000 francs guinéens (GNF) soit 30 € et le bidon d’huile d’arachide de 20 litres atteint la barre des 180 000 francs guinéens (25 €). L’essence est à 4.500 GNF le litre en ville et à 5.500 (0.78 €) à Kankalabé, les oranges à 5.000 GNF le kilo lors de mon passage à Kankalabé, 3.500 GNF la bouteille d’eau minérale (0,50 €). Le médecin que rémunère l’AKGN sur KANKALABE perçoit une rémunération mensuelle de 700.000 GNF (100 €), que le coordinateur de l’ADK également rémunéré par l’AKGN perçoit un salaire mensuel de 250.000 GNF porté récemment à 300.000 GNF (42 €). J’ai également pu constater qu’un enseignant du secondaire en fin de carrière percevait une rémunération incluant des primes, de 760.000 GNF. A côté de ces « nantis » nombre d’habitants n’ont pas d’activité régulière et donc des rentrées d’argent… erratiques. Dans ces conditions, la vie de l’habitant moyen de Kankalabé est très difficile et les éléments de modernités introduits dans la vie quotidienne y accroissent les difficultés financières. Ainsi :
- Peu de personnes utilisent le vélo et lui préfèrent la moto alors que l’essence est vendue sur le marché dans des bouteilles en verre de 1 litre au prix de 5.500 GNF (4500 GNF dans les villes) soit 0,8 €.
- Beaucoup disposent d’un téléphone portable qu’ils rechargent avec des cartes de 5.000 ou 10.000 GNF.
Les habitants ayant un pouvoir d’achat quasi nul, il est aisé de comprendre que l’économie ne peut pas décoller. Les artisans originaires de Kankalabé quittent leur ville natale pour ouvrir une boutique ou s’installer sur le marché de Labé ou de Conakry pour vendre leurs productions de chaussures ou de tissus qu’ils n’auraient aucune chance de vendre s’ils étaient installés à Kankalabé. L’électricien originaire du village est installé à Conakry etc…
Nous constatons d’une manière générale que nous sommes pris dans la spirale classique :
- faible pouvoir d’achat des populations - …entraînant une absence de demande en biens de consommation et de services - …qui elle-même conduit les acteurs économiques à l’exode et donc à réduire le tissu économique local - …réduisant ainsi l’activité économique locale - … et donc le pouvoir d’achat des populations…
C’est pour sortir de cette spirale que notre association a mis en place un Micro crédit affecté aux initiatives et aux besoins des personnes ayant ou voulant créer une activité économique à Kankalabé.
1présentation du projet de Micro crédit de l’AKGN et des premières réalisations
C’est dans ce contexte dans lequel l’accès aux financements bancaires est impossible ou très difficile que nous avons mis en place un système de micro crédits ouverts à tout projet économique considéré comme viable après étude du dossier présenté.
Nous avons confié la mission de coordinateur du projet Micro crédit à Monsieur Mamadou Saïdou BALDE qui est rémunéré par l’AKGN et membre actif de l’ADK (association pour le développement de Kankalabé), ONG locale partenaire de l’AKGN. Mamadou Saïdou est âgé d’une trentaine d’années et il a fait des études supérieures vétérinaires. Il est à la fois intelligent, discret et passionné par son action en faveur du développement de Kankalabé. Au cours de la semaine passée avec lui, j’ai pu observer qu’il avait également d’excellentes notions de gestion et comptables.
Afin de se former à la technique du micro crédit, Mamadou Saïdou a suivi une formation technique auprès de la fédération des paysans du Fouta, grosse organisation regroupant des unions de cultivateurs qui pratique depuis longtemps le micro crédit sous forme de financement d’Intrants mis à la disposition des paysans et remboursés après la récolte.
Lorsque l’AKGN a été informée que les conditions de lancement du micro crédit étaient satisfaites après : - analyse des besoins par le coordinateur local - formation de ce dernier, - information des autorités administratives et politiques sur le projet - accueil enthousiaste des groupements sociaux professionnels et des populations,
Nous avons débloqué une première tranche de crédits.
Il s’agissait dans un premier temps de tester la viabilité du système et les capacités des acteurs locaux à mettre en place un dispositif pérenne appelé à se développer dans un second temps.
Un montant de 1.170 € a été mis à la disposition de notre coordinateur soit 8.640.400 GNF en octobre 2008, à charge pour lui de couvrir sa rémunération sur 6 mois, divers frais de fonctionnement et environ 5 prêts d’un montant total de 750 €.
Constats effectués lors de ma visite sur place après discussions avec Mamadou Saïdou et les acteurs locaux :
Le micro crédit mis en place repose sur les groupements sociaux professionnels de Kankalabé structurés dans les 8 districts.
Ce sont ces groupements professionnels qui analysent les demandes, sélectionnent et suivent les projets avec le coordinateur de l’AKGN.
Les groupements ont désignés des représentants pour siéger au sein d’un comité de gestion composé de :
- 2 représentants par district plus - 2 membres supplémentaires pour le district de Kouffa et 1 membre supplémentaire pour le district de Kankalabé centre.
Soit 19 membres au total.
Une première réunion avait été organisée dès le jeudi matin 21 mai avec les membres du comité de gestion. Elle a été suivie de plusieurs réunions avec les groupements, les bénéficiaires et les candidats aux financements proposés.
Toutes les personnes rencontrées au cours de ces manifestations se sont réjouies du lancement de l’activité micro crédit qui a rencontré immédiatement un vif intérêt et un grand succès.
Sur une trentaine de demandes de prêts formulées dès l’origine, 3 premiers projets ont été retenus et se sont concrétisés par l’octroi des prêts en février mars. Ils ont été suivis de 3 autres financements réalisés en mai.
La première difficulté mise en avant par les membres du comité de gestion du micro crédit, c’est le nombre de demandes de prêts largement supérieur aux financements ouverts dans cette phase de démarrage.
La saison pluvieuse commence avec des besoins spécifiques des agriculteurs à ce moment de l’année qui ne peuvent être satisfaites.
Deuxième difficulté : le taux d’intérêt que nous avons déterminé est trop élevé.
Il s’élève à 5% par mois détaillé comme suit : - 1,5% par mois pour tenir compte de la dépréciation de la monnaie. Ce taux de dépréciation est prélevé dès le déblocage des fonds pour toute la durée du prêt. - 3,5% est également versé mensuellement par les emprunteurs.
A titre d’exemple : Un prêt de 1.000.000 GNF consenti pour 6 mois entraîne le versement des intérêts suivants :
- 15.000 * 6 = 90.000 GNF prélevés à la source pour tenir compte de la dépréciation de la monnaie. Ainsi pour un prêt de 1.000.000 GNF c’est un montant de 910.000 GNF qui sera versé à l’emprunteur. - 35.000 GNF par mois pendant 6 mois
Le coût total du crédit sera de : 90.000 + 210.000 = 300.000 GNF
A l’analyse de la situation, il apparaît que le Crédit Rural de Guinée propose des prêts à des taux de 4% par mois et les usuriers vont jusqu’à 10% par mois.
Plus tard dans le séjour, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le président de la fédération des paysans du FOUTA qui m’a indiqué que son organisation souscrit actuellement des prêts de plusieurs milliards de GNF pour financer les intrants mis à la disposition des adhérents à des taux annuels de - 22% lorsqu’ils sont en GNF - 6% s’ils sont en euros.
Ces éléments concordent, notre taux actuel est trop élevé et il doit être proposé de le diminuer.
Les membres du comité de gestion et le coordinateur de l’ADK ont sélectionné les premiers prêts consentis en donnant la priorité aux commerçants et agriculteurs déjà en place. Ils ont exclu après enquête, les demandeurs qui étaient déjà endettés.
Les crédits commerciaux c'est-à-dire les financements d’achats en vue de la revente sur les marchés ont été privilégiés car ce sont des projets qui étaient d’un montant et d’une durée limitée et qui donnaient le plus de garantie de succès dans cette phase de démarrage.
Il faut qu’avec l’augmentation des moyens et l’expérience, nous soyons à même de financer des projets dans l’artisanat, des créations d’activités
2.Présentation des projets financés à ce jour :
1er prêt : d’un montant de 600.000 GNF soit 85 € sur une période de 5 mois
2 personnes distinctes disposent chacune de 300.000 GNF dont elles vont se servir pour acheter du riz local en gros.
Selon le compte d’exploitation mensuel, on s’aperçoit que chacun des emprunteurs va acheter pour 300.000 GNF de riz par semaine (soit 4 fois 300.000 pour 4 marchés dans le mois). Le prix de vente est de 360.000. Il en résulte un gain brut de 240.000 GNF par mois et de 209.200 après prise en compte des intérêts de l’emprunt et du droit de place sur le marché.
2ème prêt : groupe de 2 femmes. Prêt d’un montant de 500.000 GNF sur 6 mois pour la transformation des fruits du Néré et vente du produit sur les marchés.
3ème prêt : groupe de 3 femmes. 1.100.000 GNF sur une période de 5 mois pour l’achat de sucre en gros et la revente sur les marchés
4ème prêt : groupe de 3 personnes prêt de 1.000.000 GNF pour l’achat en vue de la vente d’essence. Cette opération est un exemple de ce qui aurait pu être un échec dans la mesure où juste après l’octroi du prêt, le prix de l’essence dans les stations services est passé de 5.500 à 4.500 et le prix de vente au détail dans les communes rurales a suivi cette baisse de 6.500 à 5.500.
Par chance le commerçant n’avait pas encore constitué son stock lors de la baisse du prix.
5ème prêt : il s’agit d’un prêt dans l’agriculture de 1.000.000 GNF sur 8mois.
Ce prêt est destiné au financement d’une récolte de riz (intégrant l’acquisition de semences, d’engrais ainsi que les différents coûts avant d’arriver à la récolte ainsi qu’en produit la vente de la récolte estimée en quantité et en prix unitaire). La récolte est prévue en novembre.
6ème prêt : crédit commercial de 1.400.000 GNF pour 6 mois pour l’acquisition en gros de divers denrées (riz, savon, huile).
Les montants prêtés s’élèvent à un montant global de : 5.600.000 GNF
Il avait été mis à la disposition du coordinateur une première enveloppe de 8.640.400 GNF La différence entre les 8.650 KGNF et les prêts de 5.600 KGNF octroyés correspond aux salaires ainsi qu’aux frais de déplacement, aux fournitures frais d’impression, frais de téléphone.
Sans nous immiscer dans la nature des projets économiques à financer il a été préconisé au cours des réunions de sélectionner les projets en retenant en priorité : - ceux qui permettent la création ou le développement d’activités et d’emplois sur Kankalabé - qui paraissent viables sur un plan économique (étude du bilan prévisionnel) - qui favorisent la formation d’apprentis, de jeunes
3-Perspectives de développement de notre action Micro crédit
Compte tenu de ce que j’ai vu et des discussions que j’ai pu avoir avec les membres du comité de gestion du micro crédit, avec les bénéficiaires des premiers prêts, avec les candidats dont les projets n’ont pu être satisfaits à ce jour, l’opération certes dans sa phase de démarrage est un franc succès.
- Le coordinateur Mamadou Saïdou remplit sa mission à merveille et il est reconnu et respecté par tous les acteurs locaux - La structure axée sur les groupements professionnels et sur des membres désignés pour siéger dans un comité de gestion peut paraître lourde dans notre vision occidentale. Elle est en réalité le gage de la réussite du projet dans la mesure où les groupements engagent leur responsabilité dans le choix des projets et où les emprunteurs ont un engagement moral fort auprès d’eux. S’il n’existe aucune garantie au remboursement, la solidarité entre les membres, la responsabilisation des emprunteurs dont les remboursements permettront l’octroi de crédits à d’autres candidats doit permettre de limiter sauf imprévus, crise économique financière ou politique les défaillances. - les moyens financiers sont vraiment indispensables aux emprunteurs car l’argent est rare et les bénéficiaires n’ont aucune ressource propre - outre l’aspect financier, la formalisation des prêts est d’une grande utilité pédagogique pour les bénéficiaires. Elle leur permet de prendre conscience de ce qu’est un bilan prévisionnel et d’apprendre à déterminer le bénéfice attendu d’une demande de financement. - Les acteurs économiques se sentent impliqués dans le projet. Ils ne sont plus les bénéficiaires passifs d’une aide consentie par des donateurs voulant se donner bonne conscience mais les partenaires actifs de l’association.
Nous formons entre
• l’AKGN qui a initié l’opération, qui alimente financièrement le projet, qui travaille en relation étroite avec le coordinateur de l’ADK fortement intégré dans la vie locale et cheville ouvrière du projet ; et • les groupements professionnels qui reçoivent les demandes, discutent des projets à financer, les proposent, en défendent la pertinence et participent au suivi ;
Un partenariat entre des personnes qui ont toutes pour objectif le développement de l’activité économique sur Kankalabé propre à faire sortir la localité de la spirale infernale évoquée ci-dessus.
Sur les mois à venir nous pourrons bénéficier du soutien d’un superviseur M Boubacar BALDE originaire de Kankalabé et membre de l’ADK résidant à LABE. Ce dernier est un intellectuel fortement impliqué dans la vie associative régionale. Il a accepté de suivre régulièrement au fil de ses déplacements sur Kankalabé l’évolution de l’action micro crédit de l’AKGN et de nous tenir informé de ses constatations ponctuelles.
Sur le plan financier je propose de fixer ainsi le budget 2009 dont le financement a été complété par une dotation supplémentaire de 1.500 € en mai :
Budget En GNF sur 12 mois Débits Crédits Total attribué 18.924.000 Salaires Mamadou Saïdou (MSB) 3.600.000 Défraiements Boubacar BALDE 1.400.000 Frais de bureau 500.000 Frais de déplacement MSB 300.000 Frais de téléphone MSB 500.000 Frais comité de gestion groupement 624.000 Prêts octroyés 12.000.000
Ce budget simplifié tient compte des actions et dépenses déjà engagées. Il n’intègre pas les réallocation des prêts remboursés en cours d’année ni les intérêts.
Nous sommes en attente du livre journal comptable dont j’ai évoqué les contours avec MMS : Ce livre journal en partie double est indispensable et doit nous permettre de tenir une comptabilité sérieuse des opérations de micro crédit, exploitable et compréhensible à distance.
Pour l’avenir je propose les adaptations suivantes :
- l’octroi et le suivi des dotations non en euros mais en francs guinéens toutes les opérations étant faites dans cette monnaie ;
- la réduction à 3,5% (1,5 + 2%) le taux d’intérêt mensuel. Sur ce taux, 0,5% soit 6% par an pourrait être une somme mise à la disposition du comité de gestion qui, en relation avec le coordinateur, pourrait en proposer l’utilisation à des fins collectives.
- L’extension du micro crédit à une activité de garantie d’emprunts donnée à la Fédération des paysans du FOUTA. Après discussion avec M Moussa Para DIALLO président de la fédération, celui ci a accepté le principe que la fédération fournisse les cultivateurs de Kankalabé en intrants dès lors que l’AKGN (via le budget micro crédit) donne sa garantie au remboursement des engrais, semences et divers autres produits mis à leur disposition.
Cette opération présente l’avantage de faire profiter aux paysans de Kankalabé des conditions financières particulièrement favorables dont bénéficie la fédération et pour notre association, de limiter la mobilisation des fonds. Il serait souhaitable que MSB soit l’interlocuteur de la fédération des paysans du Fouta, relaie les demandes des cultivateurs et transmette les réponses apportées notamment sur les demandes chiffrées et les solutions alternatives aux recours aux produits phytosanitaires qui sont fortement déconseillés par la fédération eu égard à leur impact écologique néfaste.
Mamadou Saïdou pourrait également travailler sur ces sujets avec le président de l’union des groupements de planteurs de Kankalabé M El Hadj Bademba DIALLO rencontré au cours des différentes réunions, qui nous a fait visiter ses plantations et qui paraît plein de bon sens et très impliqué dans la vie des groupements.
Doit enfin être mis à l’étude selon demande du comité de gestion des micro-crédits relayée par MSB, l’achat d’une moto à faible consommation d’essence pour permettre aux membres du comité de gestion de se déplacer dans les districts à la rencontre des candidats aux financements proposés.
La suite de ce projet devrait nous conduire à solliciter des fonds publics pour augmenter nos capacités de financement et nous permettre de financer des projets plus importants sur des périodes plus longues.
(la partie " santé publique" et "enseignement" n'est pas développée ici)
Conclusion
Je ne peux conclure ce rapport sans donner mon sentiment personnel sur l’utilité de notre mission au « centre du monde » comme l’appelle le professeur Ibrahima BALDE chirurgien pédiatre installé à Conakry pour se moquer avec humour de son village natal oublié de tous.
Nos amis de Kankalabé sont un mélange de simplicité, de gentillesse, d’humour et de gaieté qui va droit au cœur de tous ceux qui les approchent. Sur place on se dit : « c’est tellement simple d’apporter notre (petite) contribution, de faire en sorte que ces personnes vivent mieux au quotidien »
On a des idées plein la tête. Des idées qui empêchent de dormir le soir après l’enthousiasme des journées passées à parler aux gens, à les écouter, à les regarder vivre.
De retour, nos problèmes quotidiens refont vite surface mais ils n’effacent rien. Nos actions sont fondamentales sur le plan financier, la population étant privée de tout. Elle l’est tout autant sur le plan humain car la solidarité ne se limite pas à donner de l’argent pour se déculpabiliser.
A Kankalabé j’ai ressenti une désorganisation chronique dans tous les domaines signe que face à l’accumulation des difficultés quotidiennes, les forces vives, les élus, les cadres administratifs, les enseignants, et les agents économiques sont incapables de prendre seuls le recul suffisant pour identifier leurs problèmes et trouver des solutions adaptées pour les résoudre.
Nous pouvons apporter beaucoup dans cette démarche.
Chacune de nos actions devrait suivre le cheminement suivant :
1- Analyse du projet, 2- Définition des objectifs à atteindre, 3- Fixation des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir 4- Rédaction d’un « road book » par projet pour conserver la trace écrite de ce qui a été défini à l’origine, suivre l’évolution et faire la synthèse des réalisations.
L’argent est primordial, comme toujours il est le nerf de la guerre, mais il sera inutile s’il ne s’accompagne pas d’une analyse préalable de la situation, d’un dialogue régulier avec nos partenaires, d’engagements réciproques et d’efforts communs.
Nancy, le 10 juin 2009 Franck BRANCALEONI